Comme aux toilettes

Les Brèves de La lettre du RPH n° 157

Supposé-psychanalyste
Fernando de Amorim

Le site Œdipe (www.oedipe.org) nous signale la dernière version du projet de décret relatif à l’usage du titre de psychothérapeute. Si cette version du projet est promulguée, elle sera très nocive pour la clinique en général car elle gèlera la « position » du psychothérapeute, la transformant en « place » de psychothérapeute. Selon la logique du RPH, la psychothérapie est une thérapeutique qui suppose, d’un côté, un être dans la position de malade ou de patient, de l’autre, un être capable de supporter le transfert. Pour supporter le transfert il est essentiel d’être en psychanalyse. C’est sur le divan qu’on apprend à supporter, au moins cliniquement, le discours de l’autre. En conséquence, officialiser, c’est-à-dire donner un statut de place à ce qui est, depuis toujours, une position, position transférentielle, ne va pas contribuer à mieux protéger le citoyen des incompétents, de la mauvaise foi ou du délit sectaire. Si le titre de psychothérapeute est officialisé, je propose que celles et ceux qui, cliniquement, supportent déjà le transfert et qui ne sont pas encore sortis de leur cure personnelle et, surtout, qui n’ont pas encore conduit une cure psychanalytique jusqu’à sa sortie, soient reconnus dans le milieu clinique en tant que « SP » (supposé-psychanalyste). La position de psychothérapeute, comme celle de SP, est reconnue au sein du RPH. La position de psychothérapeute est celle du face à face. La position de supposé-psychanalyste est celle du patient qui a posé sa question au grand Autre et qui s’est vu être propulsé vers le divan. En devenant psychanalysant, celle ou celui qui l’écoute est dans la position d’objet a pour le psychanalysant, mais de supposé-psychanalyste pour la communauté psychanalytique, puisque nous savons qu’il n’est pas encore sorti de sa psychanalyse personnelle. Cette proposition vise à donner un statut à celles et ceux qui désirent devenir psychanalystes sans y être encore. Elle vise aussi la formulation « psychanalyste en formation ». Tout au long de ma journée, je peux être mis dans la position de psychothérapeute par un patient psychotique ou par quelqu’un qui n’est pas entré en psychanalyse, c’est-à-dire, qui n’a pas encore posé sa question à l’Autre et qui est en face à face (Cf. Cartographie en annexe). Je peux aussi être dans la position de supposé-psychanalyste par le patient qui vient d’entrer en psychanalyse et je continuerai jusqu’à ce que le psychanalysant trouve la sortie de sa psychanalyse. C’est lorsque le psychanalysant devient sujet, que le supposé-psychanalyste devient, effectivement, psychanalyste de cette cure, c’est-à-dire, qu’alors nous avons la preuve qu’il a assumé véritablement la position d’objet a. La semaine dernière, j’ai été reconnu en tant que psychanalyste par une psychanalysante qui m’avait installé, douze ans auparavant, dans la position de supposé-psychanalyste. Durant quatre mois j’ai été dans la position de psychothérapeute. Lorsqu’elle posa sa question à l’Autre, elle m’a sorti de la position de celui qui supporte le transfert (psychothérapeute) pour occuper la position d’objet cause de désir (supposé-psychanalyste). Je suis devenu effectivement le psychanalyste de sa psychanalyse car elle a trouvé la sortie de sa cure. Si elle n’avait pas trouvé la sortie, si elle avait abandonné sa psychanalyse, le soi-disant psychanalyste n’aura donc pas été en mesure d’assurer sa fonction d’objet a et, en conséquence, il n’est pas psychanalyste, de cette cure-là tout au moins. Si l’être entre en psychanalyse, celui qui l’écoute devient objet a pour le psychanalysant, comme l’avait souhaité Lacan ; mais celui qui écoute est dans la position de supposé-psychanalyste pour la communauté psychanalytique, jusqu’à ce qu’il puisse assurer au moins une psychanalyse. La psychanalysante en question a dénoué les symptômes qui la faisaient souffrir et qui l’avaient poussée à venir me rendre visite la première fois. Elle s’est dite prête à reprendre les rennes de son existence. Et à partir de la vérification des effets de la psychanalyse chez elle, le psychanalyste pourra témoigner de la sortie. La différence entre un psychothérapeute et un psychanalyste consiste en ce que ce dernier sait repérer la porte d’entrée d’une psychanalyse. Dans une psychothérapie, ça tourne en rond. Ca s’évacue, comme aux toilettes – ce qui, certes, est une bonne chose – mais ça ne dénoue pas ce qui fait symptôme. Nous ne pouvons pas mélanger les psychothérapeutes et celles et ceux qui sont dans la position de psychanalyste ou qui assurent une psychothérapie avec psychanalyste (Cf. Cartographie). D’où ma proposition d’installer, si la position de psychothérapeute devait devenir place de psychothérapeute, la position de supposé-psychanalyste pour distinguer celles et ceux qui sont en psychanalyse, étudient la psychanalyse avec un désir décidé à devenir psychanalyste.

Si cette lettre vous importune, veuillez tout d’abord accepter nos excuses et nous la retourner par email avec la mention « désabonnement ». Nous vous supprimerons alors de notre fichier www.rphweb.net.

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